L’IA dans votre mairie : 4 vérités surprenantes sur la révolution qui a déjà commencé

Loin de la science-fiction, une réalité de terrain

Imaginez le quotidien d’une mairie : l’accueil du public, la gestion des dossiers administratifs, la rédaction de notes internes. Dans cet univers familier, l’intelligence artificielle (IA) peut sembler être un concept lointain. Pourtant, la révolution n’est pas à venir, elle est déjà en cours. Discrètement, des agents utilisent déjà des outils comme ChatGPT pour optimiser leur travail, tandis que des solutions plus spécialisées s’intègrent dans les métiers juridiques ou de la communication.

Une étude éclairante, menée par des étudiants de l’Institut National des Études Territoriales (INET), nous offre une perspective inédite. Leur travail ne se contente pas de photographier les usages actuels ; il cartographie le potentiel maximal de transformation des métiers de nos collectivités par une IA générative de type GPT-4. Les conclusions, souvent contre-intuitives, révèlent quatre vérités fondamentales sur ce changement silencieux mais profond.

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1. Oubliez les robots d’usine : ce sont les métiers de bureau qui sont les plus concernés

De manière assez surprenante, l’étude montre que ce ne sont pas les métiers manuels, mais bien les « métiers de bureau » qui seront les plus profondément transformés. La raison est simple : l’IA générative excelle dans l’exécution de tâches cognitives, même complexes, qui constituent le cœur de ces professions. À l’inverse, les métiers de terrain nécessiteront toujours une intervention humaine irremplaçable.

La nuance la plus étonnante concerne cependant les catégories d’agents. Si les catégories A et B sont globalement touchées, ce sont certains métiers de la catégorie C qui voient la plus grande proportion de leurs tâches potentiellement automatisables. C’est le cas par exemple des assistants de gestion et des agents d’accueil, pour qui l’étude estime que jusqu’à 80 % des tâches pourraient être effectuées par une IA générative.

2. Les femmes sont plus exposées à la transformation par l’IA

C’est l’un des enseignements les plus percutants de l’étude : la révolution de l’IA a un genre. L’analyse montre que les filières administratives et culturelles sont nettement plus concernées par l’automatisation potentielle que les filières techniques, sociales ou médico-sociales. Ce constat s’explique par le fait que ces secteurs reposent précisément sur les tâches cognitives, rédactionnelles et organisationnelles où l’IA générative démontre le plus grand potentiel.

Le lien est donc direct et implacable : en raison de la forte féminisation des métiers administratifs et culturels, les femmes sont statistiquement plus exposées aux changements induits par l’IA générative dans les collectivités. Cette conclusion souligne l’urgence d’anticiper les impacts sociaux de cette transition technologique.

3. Il n’y aura pas de « grand soir » de l’IA, mais une intégration progressive

L’étude projette une intégration qui se fera non pas brutalement, mais en trois phases distinctes, dont la première est déjà bien entamée.

Phase 1 (Actuelle) : L’usage diffus. Des agents, de leur propre initiative, utilisent déjà des outils comme ChatGPT pour réaliser certaines de leurs missions. Il s’agit d’initiatives personnelles qui modifient la manière de travailler sans pour autant changer la fiche de poste officielle.

Phase 2 (Proche) : L’expérimentation institutionnelle. Les collectivités ou l’État commencent à tester officiellement des IA pour réfléchir à l’organisation du travail. L’exemple de l’IA « Albert », déployée dans les maisons France service, illustre cette phase où l’on cherche à évaluer l’apport réel de l’outil pour les agents et les usagers.

Phase 3 (Future) : La généralisation. L’IA sera intégrée de manière structurée dans les processus pour des tâches spécifiquement délimitées. C’est à ce stade que des changements plus profonds dans l’organisation du travail et la structure des services pourraient intervenir, avec pour finalité l’amélioration du service public.

4. Le plus grand enjeu n’est pas technique, il est humain et éthique

Le décalage entre la vitesse fulgurante du progrès technologique et notre capacité à l’intégrer dans nos organisations n’est pas un problème ; c’est au contraire une opportunité. Cela nous laisse le temps de piloter le changement plutôt que de le subir.

la machine ne doit pas nous dicter le tempo. C’est à l’élu, c’est au politique, c’est aux dirigeants de décider comment intégrer une technologie pour qu’elle serve une finalité précise.

Ce pilotage stratégique constitue le nouveau mandat essentiel des leaders publics à l’ère du numérique. Il ne s’agit plus de simples questions techniques, mais d’un agenda de gouvernance qui doit être maîtrisé au même titre que la gestion budgétaire. Les questions à adresser dès maintenant sont concrètes et fondamentales :

Les biais : Comment sensibiliser les équipes aux biais idéologiques ou factuels présents dans les IA, qui sont liés à leurs bases de données ?

L’éthique : Un agent qui utilise une IA pour rédiger une note doit-il en informer son supérieur ? Faut-il formaliser une charte d’usage ?

L’impact écologique : Sommes-nous conscients des ressources nécessaires ? À titre d’exemple, une seule requête sur ChatGPT consomme l’équivalent d’un verre d’eau.

La conception du service public : Souhaitons-nous qu’une machine réponde directement à un usager, même si la technologie le permet ?

Pour aborder ces sujets sereinement, des initiatives émergent, comme le « jeu sérieux » mis en place à Lyon, où les agents débattent des enjeux éthiques de l’IA en endossant différents rôles. Mais au-delà du débat, l’action est impérative. La formation des agents exposés à ces transformations devient une priorité absolue. Des organismes comme le CNFPT commencent déjà à développer des programmes pour répondre à la demande croissante des collectivités et outiller les agents face à ces nouveaux défis.

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Conclusion : Piloter la vague plutôt que la subir

L’intelligence artificielle n’est plus une promesse lointaine, mais une force de transformation déjà à l’œuvre dans le quotidien de nos services publics. Loin d’être une fatalité technologique à observer passivement, son intégration représente un ensemble de choix stratégiques, humains et politiques que les élus et les dirigeants doivent faire dès aujourd’hui. Le potentiel d’amélioration de la productivité et de la qualité du service est immense, mais il ne se réalisera que par un pilotage éclairé.

La question n’est donc plus de savoir si l’IA va changer nos services publics, mais quel service public nous souhaitons construire avec elle pour demain.

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